module i325

cours 3: animation et DV

version print pdf

0_L’IMAGE ANIMEE, HISTOIRE D’UNE TECHNIQUE
Cette introduction à l’image animée se propose de montrer que la genèse de l’image cinématographique et vidéo est bien antérieure à l’invention de la photographie.
L’image animée telle que nous la connaissons est née d’un processus de recherche qui s’est développé autour du besoin de comprendre le mouvement et de le décrire. C’est bien dans le choix initial et éclairé de Etienne-Jules Marey de chercher à transcrire graphiquement, c’est à dire de rendre “visible” le mouvement pour le comprendre, que nous trouvons les premières traces du chemin vers la naissance du cinéma.
A l’image de nombreuses découvertes, la contribution de E-J. Marey est exemplaire en ce qu’elle démontre que la véritable intelligence du chercheur est de poser les questions essentielles et d’en concevoir une réponse technique adéquate.
E-J. Marey a d’autre part eu l’intuition de suivre les travaux et les découvertes de ses contemporains et d’en tirer, en les détournant au besoin, le meilleur parti pour ses propres recherches.

0.1_La méthode graphique
Etienne-Jules Marey (1830-1904), médecin et physiologue français, met au point des dispositifs qui lui permettent d’enregistrer le mouvement sous forme de graphiques (1857). Ces premières machines permettent d’enregistrer les mouvement du cœur, puis du pouls.


Cardiographe de Marey, extrait de sa thèse: Recherches sur la circulation du sang,1859.


Sphygmographe de Marey, extrait de: La Méthode graphique, 1878.


Marey étend ses travaux à l’étude de la respiration puis à celle des muscles.



Tracé de la respiration de l’homme à l’état normal et dans la gène respiratoire. in La Méthode graphique…, Marey,1876, Cinémathèque française, collection des appareils.


A la suite de ses premiers travaux, Marey s’intéresse à une vision plus globale du mouvement:l’étude de la locomotion.

Dès 1869 Marey s’occupe de la difficile question du vol des insectes: ce sujet, vierge de recherches, l’intrigue. Il s’intéresse en outre de très près aux études aéronautiques alors en pleine expansion.
Le système d'études qu'il préconise pour l'insecte en vol est ingénieux, mais incroyablement délicat :
" Je saisis avec une pince délicate la partie postérieure de l'abdomen d'un insecte, et pendant que celui-ci cherche à s'envoler, je dirige l'une de ses ailes de façon qu'elle frotte par sa pointe contre la surface d'un cylindre enfumé qui tourne avec une vitesse
connue. L'aile, à chacune de ses révolutions, enlève un peu du noir de fumée qui couvre le cylindre et laisse une trace de son passage… Au moyen d'un diapason chronographe on peut déterminer avec précision le nombre exact des révolutions de l'aile qui opèrent en une seconde".


Marey enregistre ainsi des traces minuscules et fragiles du vol de l'insecte. Mais comme ces “images” sont quasiment impossibles à montrer, il en fait des agrandissements au fusain, ce qui donne des œuvres d'une beauté graphique surprenante.

L’appareillage de Marey s’affine. Il construit des capteurs pneumatiques dont il ceint l’animal. Ces capteurs sont reliés par des conduits souples à un appareillage inspiré de celui alors utilisé pour les enregistrements météorologiques. Il obtient ainsi un enregistrement graphique des mouvement d’un pigeon en vol.
Ce qui interesse particulièrement Marey est, bien sûr, de comprendre l’évolution du mouvement dans le temps. Il a alors l’idée de “découper” la durée d’un mouvement en instantanés.



L’oiseau en vol avec corset, Marey, extrait de: La Méthode graphique, 1878.

Ses enregistrements lui permettent de réaliser des dessins et des sculptures qui représentent les phases d’un mouvement. A partir de ces instantanés; proprement des instants figés d’un mouvement représenté sous forme de statuettes, il développe plusieurs machines à reproduire ce mouvement.




Serie de 11 statues de pigeon, Cinémathèque française, collection des appareils.

Il construit une sorte de carrousel à l’intérieur duquel il dispose les statuettes représentant le mouvement décomposé. Ce zootrope, mis en mouvement de rotation, permet de reconstituer le mouvement pour un observateur dont l’œil est placé près d’une fente du tambour.




Zootrope avec 10 statuettes de goéland, La Nature, 3 décembre 1887.

D’autres machines lui permettent, en une préfiguration de ce que l’on nomme aujourd’hui “capture de mouvement” d’animer pneumatiquement la reproduction d’un animal à partir des enregistrements faits précédemment.

Encouragé par ses découvertes, Marey s’intéresse à retranscrire les mouvements de marche de divers animaux…



Course du cheval Lassalle, petit galop, membre antérieur droit.

…puis il étudie la locomotion humaine et se penche sur sa retranscription. Pour ce faire, il fixe des balles en caoutchouc sous les pieds d’un marcheur. Lorsque le pied repose sur le sol, l’air est chassé dans des conduits souples eux-mêmes reliés à un appareil de mesure. Une pointe encrée enregistre les variations de pression sur un rouleau de papier. Le graphe obtenu permet à Marey de déterminer à quel moment et combien de temps le pied a touché le sol.




Dessin à l’encre,Cinémathèque française, collection des appareils.



Mouvements du genou, gravure publiée en 1902 par Demeny, Les bases de l’éducation physique.

Il contiue ses explorations avec des balles fixées sous les sabots d’un cheval et arrive -sans doute avant Muybridge- à la conclusion qu’il y a, dans le galop d’un cheval, un instant où l’animal ne touche pas le sol.
La locomotion du cheval occupe d’ailleurs une place importante dans l’étude de la machine animale.



0.2_Les chronographes

Marey a connaisance des travaux du photographe anglais Eadweard Muybridge, qui viennent corroborer ses théories graphiques. Il place désormais la photographie au cœur de son dispositif d’enregistrement. La mise au point de la chronophotographie, née de ses investigations autour du déplacement dans l’espace et le temps ouvre la voie au cinématographe.

Les chronophotographies sont produites par un appareil, capable de faire des prises de vues à intervalles réguliers sur une seule plaque photographique.




Course du cheval, Cinémathèque française, collection des appareils.

Ces images, où se superposent les différentes phases du mouvement, sont difficilement exploitables. Marey habille alors son assistant d’un costume noir dont la manche et la jambe sont marqués d’une ligne blanche. L’assistant est placé sur un fond noir: seule ressortent désormais les lignes blanches qui produisent un dessin géométrique très lisible.




Analyse cinématique de la marche, Marey, Compes rendus des séances de l’Académie des Sciences, 19 mai 1884.

Demeny, assistant de Marey, joue un rôle de premier plan dans la diffusion et la commercialisation des travaux de son maître. Il devient ainsi, avec Marey, l’un des premiers et principaux réalisateurs de films du 19e siècle. Dès 1892 il réussit notamment à projeter les films sur écran en disposant les images sur un disque de verre.
De son côté, Marey cherche un dispositif pour projeter ses chronophotographies. Leurs recherches vont engendrer l’industrie et le spectacle cinématographiques.




Chute du chat, Cinémathèque française, collection des appareils.


0.3_Evolution des appareils de photo

Deux amateurs de chevaux américains lancent un pari: la question est de savoir s’il y à un instant où aucun des sabots d’un cheval au galop ne touche le sol. Le photographe Eadweard Muybridge est chargé de fixer sur pellicule toutes les phases du mouvement d’un animal au galop.

Muybridge dispose 12 appareils en enfilade: un fil tendu au ras du sol est relié au déclencheur de chaque appareil. Le cheval au galop déclenche successivement les appareils sur son passage. Les premiers résultats ne sont pas encourageants, pourtant Muybridge s’obstine et perfectionne son installation pour finalement obtenir des clichés spectaculaires.




Muybridge, 1872.

Pendant que Muybrige poursuit ses séries de clichés de toutes sortes d’animaux et d’humains en mouvement (Animal locomotion, est publié en 1887), Marey comprend les avantages qu’il peut tirer de la photographie pour ses propres recherches.

Il met au point un fusil photographique qui lui permet de fixer les mouvements d’un oiseau en vol. l’opérateur rend l’oiseau dans sa visée et presse la gachette au moment choisi. Une plaque sensible se met à tourner et s’arrête brièvement à douze reprises juste le temps nécessaire à l’exposition.




Le fusil photographique de Marey, Cinémathèque française, collection des appareils.




Pelicans en vol, Marey,Cinémathèque française, collection des appareils.

0.4_Naissance du cinéma

Parmi les contributions marquantes à la naissance du cinéma, il faut citer celle d’Emile Reynaud. Ce photographe fait, en 1876, une découverte qu’il nomme le praxinoscope.
Il invente un système de réflexion et d’égalisation optique pour lequel il fabrique des bandes de 12 images.
Ces images représentent autant de phases d’un mouvement. Ces bandes sont installées dans un tambour, puis une rotation de l’appareil permet de visionner la séquence dans les miroirs disposés au centre.




Le praxinoscope de Reynaud.

Il se rend à Paris pour commercialiser son invention. La version agrandie et développée -le théatre praxinoscope- permet de projeter les images sur un décor interchangeable.
Reynaud poursuit le développement de son invention et crée le “Théatre Optique”.
Ce dernier peut être considéré comme la naissance du film d’animation. Il s’agit d’un appareillage complet qui permet à Reynaud de projeter des séquences animées de 15 minutes à une nombreuse assistance.
Reynaud reporte tout d’abord des figures annimées sur une feuille de gélatine de plusieurs métres de longueur. Cette feuille, enroulée sur un tambour, est perforée et actionne, lorsque l’on déroule le tambour,une couronne de miroirs qui sert -comme dans le praxinoscope- à l’égalisation des images. Deux miroirs de déviation permettent de projeter l’image sur l’envers d’un écran. Pour le décors fixe, Reynaud utilise une deuxième lanterne de projection.

En 1892 Reynaud sige un premier contrat avec le Musée Grevin, à Paris. Le public est enthousiasmé par les représentations de ses “pantomimes lumineux”.
Dans le film “Pauvre Pierrot”. lorsqu’Arlequin assène des coups de bâton sur le dos du pauvre Pierrot, le public entend le bruit des coups exactement synchronisés avec l’image.
Reynaud a fixé sur la bande d’image une lamelle de métal qui établit un contact électrique et, par électro-aimant, déclenche un bruit sec.

De son côté, en 1892 et 1893, Demeny, assistant de Marey, met au point un appareil, dit “phonoscope”. Les images des chronographies sont découpées, puis disposées sur un disque de verre transparent. Ce dernier est mis en mouvement devant une source de lumière, ce qui permet de projeter une vue agrandie de l’image sur un écran.




Le phonoscope projecteur, in La Nature, 16 avril 1892.


0.5_ La croix de Malte

L’ensemble des techniques mises en œuvre pour produire des images animées repose sur le phénomène de persistance rétinienne de nos yeux. Ainsi une séquence animée est toujours constituée d’une série d’images fixes visionnées à une cadence de 10 ou plus images par seconde.

La transmission du film par le projecteur semble être un mécanisme simple, mais c’est en réalité l’un des derniers, et nombreux problèmes qui ont dù être résolus pour arriver au cinéma tel que nous le connaissons.
Le problème consiste dans le fait que si la pellicule se déroule en un mouvement continu devant le projecteur, l’image est brouillée. La pellicule doit donc en quelque sorte “sauter” d’une image à la suivante. Le mécanisme de la croix de Malte permet de dérouler le film dans une saccade régulière et au rythme pause/saut idéal pour l’œil du spectateur. L’axe d’entrainement tourne à vitesse constante. Son cran glisse dans la croix de Malte et actionne le rouleau qui y est fixé. La pellicule passe en une fraction de seconde à l’image suivante. Pendant la plus grande partie de ce mouvement la pellicule est masquée par une plaque tournante qui sert d’obturateur. L’image n’apparaît ainsi à l’écran que lorsqu’elle est immobile. Ce proccessus se répète 24 fois par seconde.


Le mécanisme de la croix de Malte.
-retour au sommaire-